La tendinopathie d'Achille


Douleur au niveau du tendon d'Achille, particulièrement marquée le matin ou après une période de repos, qui s'atténue à l'échauffement mais revient le lendemain ? Il s'agit très probablement d'une tendinopathie d'Achille.
C'est l'une des pathologies tendineuses les plus fréquentes, aussi bien chez le sportif que chez la personne sédentaire, et elle a la réputation, souvent justifiée, d'être longue à soigner.
Voici ce que la recherche actuelle nous apprend pour mieux la comprendre et la traiter efficacement.
Le tendon d'Achille, un athlète à part entière
Le tendon d'Achille est le plus grand, le plus épais et le plus résistant tendon du corps humain. Il résulte de la fusion des muscles gastrocnémiens (les jumeaux) et du soléaire, et transmet des forces considérables : lors de la course, il peut supporter des charges allant jusqu'à 12,5 fois le poids du corps. Le soléaire, en particulier, joue un rôle central dans la propulsion, puisqu'il génère à lui seul près de 60 à 77 % de la force nécessaire à chaque foulée.
Cette sollicitation intense s'accompagne d'une particularité anatomique importante : le tendon d'Achille est relativement peu vascularisé et peu innervé, surtout dans sa portion centrale. Cette caractéristique ralentit naturellement les processus de réparation tissulaire en cas de surcharge, ce qui explique en partie pourquoi cette pathologie demande de la patience.
Tendinite ou tendinopathie ? Un terme qui change la façon de soigner
Vous avez peut-être déjà entendu parler de « tendinite » d'Achille. Depuis un symposium international de consensus en 2020, le terme scientifiquement recommandé est plutôt celui de « tendinopathie ». Ce choix n'est pas anodin : les termes « tendinite » ou « tendinose » sous-entendent des processus biologiques précis (inflammation ou dégénérescence pure) qui ne reflètent pas fidèlement ce qui se passe réellement dans le tendon, et qui peuvent laisser croire, à tort, que le repos seul suffirait à une guérison rapide.
La recherche actuelle décrit plutôt la tendinopathie comme un échec du processus de guérison du tendon face à une charge qu'il n'arrive plus à tolérer. Cela dit, le rôle de l'inflammation ne doit pas être totalement écarté : des analyses plus récentes montrent une expression accrue de certains médiateurs inflammatoires dans les tendons pathologiques, en particulier en phase initiale.
En pratique, les deux mécanismes — surcharge mécanique et inflammation locale — coexistent probablement, à des degrés variables selon les patients et le stade de la pathologie.
Pourquoi la douleur est-elle souvent pire le matin ?
C'est une question que beaucoup de patients se posent, et la réponse est éclairante. Des travaux récents sur la pression à l'intérieur du tendon apportent une explication convaincante à ce phénomène très caractéristique. Lorsque le tendon est en souffrance, une accumulation de liquide et de protéines augmente la pression interne, ce qui favorise le gonflement et la douleur.
L'activité (comme la marche ou la course) permet en réalité de faire légèrement diminuer cette pression en libérant un peu de liquide, ce qui explique pourquoi certains patients se sentent mieux pendant l'effort. En revanche, pendant la nuit, une réabsorption de liquide fait remonter la pression interne, ce qui explique la raideur et la douleur si caractéristiques des premiers pas du matin.
Qui est concerné, et pourquoi ?
Contrairement à certaines pathologies du pied, la tendinopathie d'Achille n'est pas systématiquement liée au surpoids ou à une posture anormale du pied — les grandes revues systématiques n'ont pas retrouvé ces facteurs comme des éléments contributifs majeurs, même si des études plus récentes nuancent ce constat en montrant qu'un excès de pronation comme de supination du pied pourrait être associé à un risque accru. Les facteurs les plus solidement établis sont différents :
Un antécédent de tendinopathie ou de fracture du membre inférieur est le facteur de risque le plus important, en particulier une atteinte survenue dans les douze derniers mois — avec un risque de récidive multiplié par plus de six selon certaines études de cohorte.
L'utilisation de certains antibiotiques, en particulier les fluoroquinolones (comme l'ofloxacine), est associée à un risque accru de tendinopathie et, plus rarement, de rupture. Ce risque augmente lorsque leur prise est associée à une corticothérapie.
Une consommation d'alcool régulière, au-delà de seuils modérés (environ 7 doses par semaine chez l'homme, 4 chez la femme).
Une faiblesse des muscles fléchisseurs plantaires (le mollet), qui déstabilise la propulsion et augmente le stress mécanique sur le tendon.
Un entraînement par temps froid, qui pourrait modifier la mécanique tendineuse.
Des modifications brutales de charge d'entraînement : intensité, volume, fréquence ou terrain modifiés trop rapidement.
Il est intéressant de noter que les hommes présentent une incidence de tendinopathie nettement plus élevée que les femmes, pour un niveau d'activité comparable. Le mode de vie joue également un rôle : le sommeil, le stress, la sédentarité ou encore certaines maladies rhumatologiques font partie des éléments qui influencent la capacité du tendon à s'adapter à la charge.
Ce que montre l'imagerie (et ce qu'il ne faut pas en déduire trop vite)
Le diagnostic de tendinopathie d'Achille est avant tout clinique, et l'imagerie (échographie, IRM) n'est généralement pas nécessaire pour le poser. Cette précision a son importance, car de nombreuses personnes sans aucune douleur présentent des modifications visibles à l'imagerie de leur tendon d'Achille.
Ces altérations reflètent souvent simplement l'histoire de charge du tendon — un peu comme des rides ou des cicatrices, visibles mais tout à fait compatibles avec un tendon parfaitement fonctionnel.
Par exemple, chez des coureurs pratiquant depuis plus de sept ans, on observe fréquemment des modifications structurelles du tendon, sans lien direct avec le kilométrage hebdomadaire, l'IMC ou l'âge. Une image « anormale » ne signifie donc pas nécessairement une pathologie active, et ne doit pas être source d'inquiétude excessive.
Comment évolue cette pathologie ?
Soyons honnêtes : la tendinopathie d'Achille n'est pas de celles qui se résolvent en quelques semaines. Sans intervention spécifique, seuls environ 25 % des patients rapportent une guérison spontanée. Les programmes d'exercices progressifs restent la pierre angulaire du traitement, avec une amélioration moyenne significative en douze semaines. Cependant, il faut savoir qu'entre 44 et 75 % des patients ne répondent pas complètement à un premier programme d'exercices — ce qui ne signifie pas un échec, mais souvent la nécessité d'ajuster la durée, l'intensité ou le type de charge proposée. Des améliorations supplémentaires restent possibles jusqu'à un an de prise en charge.
Sur le plus long terme, des symptômes légers peuvent persister chez environ 60 % des patients à cinq ans, et chez 25 % à dix ans, sans que cela n'empêche nécessairement la pratique sportive. Chez les athlètes, les récidives sont fréquentes et impactent souvent davantage les performances que le temps d'arrêt lui-même.
Ce constat n'est pas là pour décourager, mais pour poser un cadre réaliste : la guérison d'un tendon d'Achille se compte en mois, parfois en plus d'une année, et non en semaines. Comprendre cela permet de mieux gérer ses attentes et de rester engagé dans un programme de rééducation sur la durée, ce qui est justement le facteur le plus déterminant du succès.
La prise en charge : la mise en charge progressive comme traitement de première intention
Le message le plus solidement établi par la recherche est simple : l'exercice actif est le traitement de première intention, à privilégier seul pendant au moins trois mois avant d'envisager d'autres options. Comparé à une simple attitude d'attentisme, tout programme d'exercice actif donne de meilleurs résultats.
Plusieurs protocoles existent dans la littérature : le programme excentrique d'Alfredson, son adaptation combinant excentrique et concentrique (Silbernagel), ou encore le travail en charge lourde et lente (Heavy Slow Resistance, HSR). Dans l'état actuel des connaissances, aucun de ces protocoles n'a démontré de supériorité claire sur les autres à moyen ou long terme. En pratique, le choix du programme peut donc être guidé par la praticité et la motivation du patient plutôt que par une méthode jugée supérieure a priori.
Une erreur historique fréquente a été de sous-doser les exercices. Les données actuelles convergent pour montrer que l'adaptation du tendon nécessite le plus souvent des charges élevées, proches de 90 % de la contraction volontaire maximale. Autre principe essentiel : le tendon ne s'adapte que si la charge progresse de façon graduelle. Un repos prolongé ne fait que réduire sa capacité, et augmente le risque de douleur à la reprise — le repos seul n'est jamais un traitement de la tendinopathie d'Achille.
À l'inverse, une charge continue et tolérable pendant la rééducation n'est pas nocive : il n'est donc généralement pas nécessaire d'arrêter complètement l'activité physique, à condition de l'ajuster.
Ondes de choc, infiltrations : des compléments à utiliser avec discernement
Concernant les traitements adjuvants, les données scientifiques actuelles n'ont pas montré qu'associer un adjuvant (ondes de choc extracorporelles, infiltrations, etc.) à un programme d'exercices améliore les résultats par rapport à l'exercice seul en première intention.
Les ondes de choc extracorporelles ont fait l'objet de nombreuses études, mais les résultats restent contradictoires : certaines revues systématiques rapportent un bénéfice modéré sur la douleur et la fonction par rapport à un traitement standard, tandis que d'autres méta-analyses jugent le niveau de preuve trop faible pour conclure à une réelle efficacité. En pratique, elles peuvent être envisagées en complément lorsque les exercices seuls n'apportent pas d'amélioration suffisante après plusieurs mois, mais ne remplacent pas le travail de charge progressive.
Les infiltrations de corticoïdes restent débattues. Elles peuvent apporter un soulagement rapide de la douleur à très court terme, mais ce bénéfice ne semble pas se maintenir au-delà de quelques semaines, avec potentiellement de moins bons résultats à long terme que les approches actives. Une inquiétude concerne également un possible risque de fragilisation du tendon, bien que les données rigoureuses évaluant ce risque de rupture restent limitées. Pour ces raisons, elles ne sont généralement pas recommandées en première intention.
En résumé
Le tendon d'Achille est une structure remarquablement résistante, mais peu vascularisée, ce qui explique la lenteur de sa cicatrisation en cas de surcharge.
Le terme tendinopathie est aujourd'hui préféré à « tendinite » : il ne s'agit pas d'une simple inflammation, mais d'un échec du processus de réparation face à la charge.
La raideur matinale caractéristique s'explique par des variations de pression à l'intérieur du tendon, et non par une aggravation nocturne de la lésion.
Les principaux facteurs de risque modifiables sont un épisode antérieur récent, l'usage de certains antibiotiques, une consommation d'alcool excessive et une faiblesse du mollet — le surpoids et la posture du pied jouent un rôle moins net que pour d'autres pathologies du pied.
Une image « anormale » à l'échographie ne signifie pas automatiquement une pathologie active : ces modifications sont fréquentes, y compris chez des personnes sans aucune douleur.
La guérison est souvent longue (plusieurs mois, parfois plus d'un an), et il est important de garder des attentes réalistes.
L'exercice progressif et bien dosé reste le traitement de première intention, à privilégier seul pendant au moins trois mois avant d'envisager d'autres options.
Le langage utilisé et la gestion de l'appréhension du patient font partie intégrante d'une prise en charge efficace.
Si vous présentez des douleurs évocatrices de cette pathologie, n'hésitez pas à consulter un professionnel de santé afin d'obtenir un bilan complet et un programme de rééducation adapté à votre situation et à votre niveau d'activité.
Sources
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